En bref
En 1987, le psychologue Daniel Wegner et ses collègues ont demandé à des étudiants de ne pas penser à un ours blanc. Ils n’y arrivaient pas. Et ceux qui avaient essayé de chasser cette pensée y revenaient ensuite plus souvent que les autres. Se concentrer sur une autre image précise atténuait cet effet. Vouloir ne plus penser à quelque chose, c’est souvent continuer à y penser.
Une scène que vous connaissez peut-être
Il est tard. Vous vous dites : « Arrête d’y penser, tu dois dormir. » Et la phrase qu’on vous a dite cet après-midi revient. Encore. Plus vous la repoussez, plus elle insiste.
Ce que les chercheurs ont mesuré
L’étude a été publiée dans le Journal of Personality and Social Psychology.
Dans la première expérience, 34 étudiants disaient leurs pensées à voix haute pendant cinq minutes, en essayant de ne pas penser à un ours blanc. Ils sonnaient une cloche à chaque fois que l’ours apparaissait. Il revenait plus d’une fois par minute. Ensuite, quand on les autorisait à y penser, ceux qui avaient d’abord essayé de le chasser y pensaient davantage que ceux qui avaient pu y penser dès le début. C’est l’effet rebond. Dans la deuxième expérience, se concentrer sur une autre image précise (une voiture rouge) réduisait ce rebond.
Ce que l’on ne sait pas
Un ours blanc n’est pas une blessure. L’expérience porte sur une pensée neutre, chez des étudiants, pendant quelques minutes. Elle ne dit pas comment fonctionnent les pensées douloureuses qui reviennent depuis des années, et elle ne remplace pas un accompagnement quand une pensée fait souffrir durablement.
Ce que ça peut changer
Si une pensée revient, ce n’est pas forcément parce que vous êtes faible ou que vous « n’arrivez pas à lâcher prise ». C’est peut-être, en partie, parce que l’effort même de la chasser la garde vivante. Cette idée seule peut déjà enlever une couche de reproche.
Questions fréquentes
Pourquoi n’arrive-t-on pas à arrêter de penser à quelque chose ?
Dans l’expérience de l’ours blanc, l’effort de chasser une pensée la rendait plus présente ensuite.
Est-ce que penser à autre chose aide ?
Dans cette étude, se concentrer sur une autre image précise a réduit l’effet rebond.
Source
Wegner, D. M., Schneider, D. J., Carter, S. R., & White, T. L. (1987). Paradoxical effects of thought suppression. Journal of Personality and Social Psychology, 53(1), 5-13.
Écrit par Elisha Yoon · illustrations créées avec l’IA
