La métacognition : apprendre à regarder ses pensées au lieu de les croire
par Elisha Yoon
En bref
La métacognition, c’est penser à sa propre pensée : remarquer ce que l’on croit, comment on le croit, et à quel point on en est sûre. Le mot a été proposé par le psychologue John Flavell en 1979. Cette capacité n’est pas figée : dans une étude, deux semaines d’entraînement à la méditation ont amélioré la façon dont des étudiants jugeaient la justesse de leurs propres souvenirs. Observer une pensée ne la fait pas disparaître, mais cela permet de ne plus la confondre avec la réalité.
Une scène que vous connaissez peut-être
Vous ouvrez un message resté sans réponse depuis deux jours. Une phrase arrive aussitôt : « Je l’ai agacée. » Elle ne se présente pas comme une hypothèse. Elle se présente comme un fait. Et pendant toute la soirée, vous agissez comme si c’était vrai.
Puis, à un moment, quelque chose se décale : « Tiens. Je suis en train de me raconter que je l’ai agacée. » La situation n’a pas changé. Mais vous n’êtes plus tout à fait dedans. Vous la regardez.
Ce petit décalage a un nom.
Ce que veut dire « métacognition »
Le préfixe grec meta signifie « au-delà », et cognition désigne la connaissance, la pensée. La métacognition est donc la pensée qui se penche sur elle-même.
C’est le psychologue américain John Flavell qui l’a définie dans un article de 1979, dans la revue American Psychologist. Il y décrit la connaissance que nous avons de notre propre fonctionnement mental, et la façon dont nous surveillons nos pensées pendant que nous les avons.
Est-ce que cela s’entraîne ?
Oui, dans une certaine mesure, et c’est la partie la plus encourageante.
Dans une étude publiée en 2014 (Baird et ses collègues), 50 étudiants ont suivi soit deux semaines d’entraînement à la méditation, soit un cours sur la nutrition. Ensuite, on leur demandait d’estimer à quel point ils étaient sûrs de leurs réponses. Après la méditation, leur jugement sur la justesse de leurs souvenirs était plus fin. En revanche, il ne s’est pas amélioré pour leurs perceptions visuelles.
Ce résultat est précieux justement parce qu’il est nuancé : l’entraînement a aidé, mais pas partout.
Et le cerveau, peut-il changer ?
La recherche montre que le cerveau adulte reste capable de se modifier en apprenant. Dans une étude publiée dans Nature en 2004 (Draganski et ses collègues), 24 jeunes adultes qui ont appris à jongler pendant trois mois ont vu certaines zones de leur cerveau se modifier, de façon passagère. Une étude de 2008 (Boyke et ses collègues) a observé le même phénomène chez des personnes âgées.
Ces études portent sur l’apprentissage d’un geste, pas sur les croyances. Elles disent quelque chose d’important malgré tout : apprendre reste possible à tout âge.
Ce que l’on ne sait pas
Aucune étude ne montre qu’observer ses pensées suffit, à lui seul, à changer une croyance profonde. Et la métacognition n’est pas une méthode miracle ni un soin. C’est une capacité, un regard, qui peut accompagner un chemin plus large. Si une pensée vous fait souffrir durablement, parlez-en à un professionnel de santé.
Pourquoi c’est au cœur des Clés
Une croyance limitante ressemble rarement à une croyance. Elle ressemble à la vérité : « je suis trop », « je dois tout porter », « je ne suis pas à la hauteur ». La métacognition ouvre un espace entre la pensée et vous. Dans cet espace, une question devient possible : « Est-ce vrai, ou est-ce ce que j’ai appris à croire ? »
C’est cet espace que Les Clés de la libération intérieure cherchent à agrandir, une croyance après l’autre.
Questions fréquentes
Quelle est la définition simple de la métacognition ?
C’est la capacité de penser à sa propre façon de penser : remarquer ses pensées, ses certitudes et ses doutes.
La métacognition, c’est de la méditation ?
Non. La méditation est une pratique ; la métacognition est une capacité. Dans une étude, la méditation a aidé à l’entraîner, pour la mémoire seulement.
Peut-on changer ses croyances à l’âge adulte ?
Le cerveau adulte reste capable de changer en apprenant. Aucune étude ne promet pour autant qu’une croyance précise changera, ni en combien de temps.
Sources
Flavell, J. H. (1979). Metacognition and cognitive monitoring. American Psychologist, 34(10), 906-911. Baird, B., Mrazek, M. D., Phillips, D. T., & Schooler, J. W. (2014). Domain-specific enhancement of metacognitive ability following meditation training. Journal of Experimental Psychology: General, 143(5), 1972-1979. doi:10.1037/a0036882 Draganski, B., et al. (2004). Changes in grey matter induced by training. Nature, 427, 311-312. doi:10.1038/427311a Boyke, J., et al. (2008). Training-induced brain structure changes in the elderly. Journal of Neuroscience, 28, 7031-7035.
Écrit par Elisha Yoon · illustrations créées avec l’IA
