L’impuissance apprise : ce que ses auteurs ont corrigé cinquante ans après
par Elisha Yoon
En bref
En 1967, Martin Seligman et Steven Maier ont proposé l’idée d’impuissance apprise (on dit aussi impuissance acquise) : face à des épreuves qu’ils ne pouvaient pas contrôler, des animaux auraient « appris » que leurs efforts ne servaient à rien. En 2016, les deux chercheurs ont eux-mêmes révisé leur théorie. D’après les recherches en neurosciences chez l’animal, la passivité face à une épreuve qui dure ne s’apprend pas : c’est une réaction par défaut. Ce qui s’apprend, c’est le sentiment d’avoir prise sur la situation.
Une scène que vous connaissez peut-être
Vous avez tant essayé que vous ne tentez plus. Le dossier reste au fond du tiroir. Et vous vous dites : « Je suis comme ça, j’ai appris à baisser les bras. »
Ce que les chercheurs ont écrit
Dans leur article de 2016, publié dans Psychological Review, Steven Maier et Martin Seligman font la synthèse de décennies de recherches. Ils écrivent que leur théorie de départ avait les choses « à l’envers ». Selon eux, la passivité face à des chocs qui durent est une réaction automatique du cerveau, liée à une région du tronc cérébral. Ce qui s’apprend, c’est la détection du contrôle, par une zone du cortex préfrontal, qui vient freiner cette réaction.
Ce que l’on ne sait pas
Ces recherches ont été menées chez l’animal. On ne peut pas les transposer telles quelles à nos vies, à nos croyances ou à la dépression. C’est une piste de compréhension, pas une méthode.
Ce que ça peut changer
Si la passivité est une réaction par défaut, alors baisser les bras n’est pas un défaut de caractère. Et l’idée que le sentiment d’avoir prise peut, lui, s’apprendre, ouvre une porte : celle des petites actions où l’on retrouve un peu de pouvoir.
Questions fréquentes
Qu’est-ce que l’impuissance apprise ?
C’est une théorie de 1967, selon laquelle on apprendrait que ses efforts sont inutiles. Ses auteurs l’ont révisée en 2016.
Peut-on en sortir ?
Les auteurs suggèrent que le sentiment de contrôle s’apprend. Leurs recherches portent sur l’animal.
Source
Maier, S. F., & Seligman, M. E. P. (2016). Learned helplessness at fifty: Insights from neuroscience. Psychological Review, 123(4), 349-367. doi:10.1037/rev0000033
Écrit par Elisha Yoon · illustrations créées avec l’IA
