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Le journal d’Elisha

Refuser une invitation : les autres nous en veulent-ils vraiment ?

par Elisha Yoon

En bref

Savoir dire non et refuser une invitation fait peur à beaucoup d’entre nous, par peur de décevoir. Dans une étude publiée fin 2023, les chercheurs Julian Givi et Colleen Kirk ont montré que nous surestimons les conséquences d’un refus. La personne qui refuse imagine de la colère, de la déception, et moins d’invitations à l’avenir. La personne qui a invité, elle, réagit bien plus calmement. Un refus est souvent mieux reçu qu’on ne le croit.

Une scène que vous connaissez peut-être

Vendredi, 18 h. Une amie vous propose un dîner le soir même. Vous êtes fatiguée, vous rêviez d’une soirée au calme. Mais vous imaginez déjà sa déception, peut-être un froid entre vous. Alors vous dites oui.

Vous passez la soirée à regarder l’heure. Et vous vous demandez pourquoi c’est si difficile de dire simplement : « Pas ce soir, mais j’en ai très envie une autre fois. »

Ce que les chercheurs ont mesuré

En 2023, Julian Givi (université de Virginie-Occidentale) et Colleen Kirk (New York Institute of Technology) ont publié leurs travaux dans le Journal of Personality and Social Psychology.

Dans une étude préliminaire, 77 % des participants disaient avoir déjà accepté une invitation dont ils n’avaient pas envie, par peur des conséquences d’un refus. Ils ont ensuite mené cinq expériences, avec plus de 2 000 participants au total. Dans l’une, les participants imaginaient être invités à dîner dans un restaurant tenu par un chef célèbre, et refuser pour rester chez soi et se reposer. Ceux qui se mettaient à la place de la personne qui refuse surestimaient la colère, la déception et la baisse des futures invitations, par rapport à ceux qui se mettaient à la place de la personne invitante. Dans une autre, 160 personnes en couple s’invitaient et se refusaient réellement une activité, par écrit. Le résultat était le même, quelle que soit la durée de la relation.

Julian Givi résume ainsi : nous avons tendance à exagérer à quel point la personne qui invite va se focaliser sur le refus lui-même.

Ce que l’on ne sait pas

Plusieurs de ces expériences reposent sur des scénarios imaginés ou sur des situations construites pour l’étude. Elles ne disent pas qu’un refus ne blesse jamais personne. Les chercheurs ne conseillent d’ailleurs pas de tout refuser : le temps passé ensemble compte dans une relation. Ils disent seulement que la peur d’un refus est souvent plus grande que ses conséquences.

Ce que ça peut changer

Dire non à une invitation, ce n’est pas dire non à quelqu’un. Savoir que l’autre le prendra probablement mieux qu’on ne l’imagine rend ce petit mot un peu plus léger. Et un lien qui supporte un « pas ce soir » est souvent un lien plus solide qu’on ne le pense.

Questions fréquentes

  1. Pourquoi est-ce si difficile d’oser dire non ?

    Une des raisons mises en évidence par Givi et Kirk : nous surestimons la colère et la déception de l’autre, et nous craignons de ne plus être invités.

  2. Comment refuser poliment une invitation ?

    L’étude ne teste pas de formule précise. Elle suggère surtout que l’autre s’attarde moins sur le refus que nous ne le pensons.

  3. Faut-il apprendre à dire non à tout ?

    Non. Les chercheurs rappellent que le temps partagé nourrit les relations. Il s’agit de pouvoir dire non quand on en a besoin, sans peur démesurée.

Source

Givi, J., & Kirk, C. P. (2023). Saying no: The negative ramifications from invitation declines are less severe than we think. Journal of Personality and Social Psychology. Publié en ligne le 11 décembre 2023. doi:10.1037/pspi0000443

Écrit par Elisha Yoon · illustrations créées avec l’IA